L'enlèvement de Nicolas Maduro et Cilia Flores vers le goulag américain

 L'enlèvement de Nicolas Maduro et Cilia Flores, le samedi 3 janvier 2026, ressemblait à une publicité pour l'armée des États-Unis (USA). « Un spectacle télévisé avec tout ce qu'il faut », c'est ainsi que Trump a qualifié l'enlèvement lors d'une interview sur la chaîne d'information Fox.

C'était d'ailleurs le but recherché. Le monde devait voir l'efficacité écrasante et mortelle des troupes américaines, l'humiliation de l'ennemi, les prisonniers qui ne sont plus des prisonniers, mais des trophées, exhibés entre les mains d'un vainqueur triomphant. Humilier et semer la peur, comme à l’époque coloniale, comme lorsque les États-Unis ont transporté en 2002 les premiers prisonniers enlevés vers Guantanamo : dans la soute d’un avion, une cagoule sur la tête, des écouteurs diffusant de la musique à plein volume, enchaînés les uns aux autres, vêtus d’une combinaison orange et d’une couche-culotte.

L'enlèvement du président vénézuélien et de son épouse a coûté la vie à cent Vénézuéliens et Cubains, et en a blessé cent autres.(1)Tout a commencé par la neutralisation du système de défense aérienne vénézuélien. La coupure totale de l'électricité dans la ville. La mise en place d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus des Caraïbes, entraînant l'annulation de centaines de vols. L'assaut de la maison où se trouvaient Maduro et son épouse. L'arrestation, les menottes, puis le bandeau sur les yeux, les casques audio diffusant de la musique à plein volume pour désorienter les deux prisonniers, le transport par hélicoptère vers le navire USS Iwo Jima dans les Caraïbes, suivi d’un transfert vers Guantanamo Bay à Cuba, puis par avion vers un aérodrome militaire à New York pour être enfin transportés et incarcérés au Metropolitan Detention Center (MDC), une prison fédérale à Brooklyn.

Le lendemain, Nicolas Maduro et Cilia Flores ont été expédiés en hélicoptère, puis dans un véhicule militaire blindé, vers un tribunal fédéral de Manhattan. Ils y sont apparus enchaînés, vêtus de chemises de prison bleues et orange et de pantalons kaki, Cilia arborant deux pansements sur le visage. « Avant même de les voir entrer dans la salle d’audience, nous avons entendu le cliquetis des chaînes autour de leurs chevilles », ont écrit des journalistes.(2) « Nous sommes des prisonniers de guerre. Nous avons été enlevés. Nous sommes innocents », ont déclaré les deux détenus. Après une audience de quarante minutes, ils ont été reconduits à leur cellule au MDC.

Metropolitan Detention Center (MDC)

MDC et MCC, bienvenue en enfer 

Jusqu’en 2021, New York hébergeait deux prisons fédérales dotées de quatre niveaux de sécurité et accueillant principalement des détenus en détention provisoire, hommes et femmes : le MDC, le Metropolitan Detention Center à Brooklyn, et le MCC, le Metropolitan Correctional Center, à Manhattan. Ces deux centres étaient et sont toujours tristement célèbres pour la violence qui y règne, pour leurs conditions de détention extrêmes et pour la pratique de l'isolement cellulaire des détenus.

En général, ces prisons ne font la une des journaux que lorsqu’il y a des nouvelles concernant des détenus célèbres qui y sont en détention provisoire. Comme lorsque Jeffrey Epstein s’est suicidé au MCC en 2019. Des récits horribles ont alors été révélés et cette prison a été (provisoirement) fermée deux ans plus tard. Les 233 détenus ont tous été transférés au MDC.

C'est dans ce MDC que Ghislaine Maxwell, la complice de Jeffrey Epstein, a été placée en détention provisoire de 2020 à 2021. À l'époque, un journal titrait : « Sa vie va devenir un enfer : un aperçu de la prison tristement célèbre de Brooklyn où Ghislaine Maxwell restera jusqu'à son procès ». Et en sous-titre : « Vous passez d’une vie comme celle de Maxwell à une situation où vous êtes soudainement fouillée à nu et où des gens regardent dans vos cavités corporelles – c’est une expérience bouleversante »(3). Avez-vous déjà lu quelque chose de similaire à propos de Cilia Flores ?

Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Solitary Watch (SW, un groupe qui mène depuis 2009 des enquêtes sur les conditions de détention extrêmes aux États-Unis) tire la sonnette d’alarme depuis des années au sujet de ces deux prisons. Il y a six mois, SW a ainsi publié le témoignage de Sean Chaney, un ancien détenu qui avait passé quinze mois au MDC, sous le titre « Le MDC est une prison fédérale dangereuse et barbare ».(4) Cet homme avait passé au total dix-huit ans en prison et qualifiait son séjour au MDC de « le plus terrible » de toute sa détention. Un extrait : « J’ai vu de mes propres yeux comment la détention au MDC détruit la stabilité mentale des gens. Le manque d’air frais, d’exercice physique et même d’hygiène élémentaire crée un climat de désespoir et d’agitation. Le système semble se nourrir de cette instabilité, créant ainsi un cercle vicieux où le désespoir engendre des conflits. Ces conflits sont ensuite utilisés comme prétexte pour imposer des conditions encore plus sévères ». Un témoignage parmi tant d’autres, que vous pouvez retrouver sur solitarywatch.com. C’est dans cet enfer que Nicolas Maduro et Cilia Flores se sont retrouvés.

Au sein du MDC, les niveaux de sécurité vont de minimum, faible, moyen à élevé, en fonction des « crimes » dont les détenus sont accusés. Le niveau auquel Maduro et Flores ont été placés est apparu clairement dès leur arrivée. Toute la prison a été mise en confinement, c’est-à-dire qu’aucun des plus de mille détenus (entre 1 300 et 1 600) n’était autorisé à entrer ou sortir de sa cellule, toutes les activités ont été suspendues, pas de visites, pas de douches ni de commandes à la cantine. Un tel confinement au MDC peut durer un jour, plusieurs jours ou plusieurs semaines. Selon un ancien détenu de la MDC, Maduro ne se retrouvera en aucun cas parmi la population carcérale ordinaire. Mais bien dans un quartier spécial, appelé « 4-North », un quartier pouvant accueillir une vingtaine de personnes, et où des personnalités telles que Sean « Diddy » Combs, R. Kelly, Ghislaine Maxwell, Sam Bankman-Fried ou « El Chapo » ont été incarcérées. « S’il y a de la place. Sinon, il disparaîtra, tout comme Cilia Flores, dans une cellule en isolement complet, avec trois douches par semaine, trois repas par jour, pas de lumière du soleil, pas d’espace pour prendre l’air, et un seul appel téléphonique par mois. Et ils se fichent complètement de savoir si vous avez des ennuis ou non », a déclaré l’homme qui a vécu tout cela.(5) Nous savons désormais que Maduro est, dans les deux cas, en isolement cellulaire, sans aucun contact humain.  Toutes les quinze à trente minutes, sa cellule est contrôlée « pour s’assurer qu’il ne lui est rien arrivé ».

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur les conséquences physiques et psychologiques catastrophiques d’un emprisonnement prolongé en isolement, tant pour les humains que pour les animaux, je renvoie à la littérature scientifique abondante qui existe à ce sujet. Ou aux témoignages de prisonniers qui ont subi cet isolement dans leur chair et qui y ont survécu, avec des séquelles irréversibles pour leur santé jusqu’à la fin de leurs jours. Comme on peut le voir dans la pièce de théâtre de Jean-Marc Mahy « Un homme debout », ou le lire dans le livre « Le ciel est un carré bleu » d’Ali Aarrass ou dans le livret de Solitary Watch « Voix de ceux qui sont enterrés vivants », dans lequel témoignent  cinq détenus américains (6).

Nous ne savons pas encore combien de temps Nicolas Maduro et Cilia Flores resteront au MDC. Mais si une campagne internationale ne parvient pas à les faire libérer, ils seront transférés, après leur séjour au MDC, vers l’une des prisons les plus sécurisées du goulag américain.

Le goulag américain 

Il ne faut pas compter sur nos gouvernements ou d’autres autorités pour accrocher une immense affiche sur les bâtiments officiels en faveur de la libération de Maduro. Comme ils le font pourtant pour certains prisonniers en Iran, en Russie ou en Chine. Le soi-disant souci des droits des prisonniers est factice. Ils ne nous intéressent que dans les pays que nous combattons et font partie intégrante de la guerre que nous menons contre ces pays. Les prisonniers et les prisons des pays que nous combattons interpellent ainsi davantage notre imagination que ceux de notre propre camp occidental. Voici quelques données à ce sujet.

Pour la politique et les médias, c’est comme si le camp de torture américain de Guantanamo n’avait jamais existé. L’ouverture de ce camp il y a 24 ans a pourtant marqué la rupture la plus brutale et la plus radicale avec tout ce qui avait été établi après la Seconde Guerre mondiale dans les accords et traités internationaux sur les droits des prisonniers. Pour la classe politique et les médias, c'est aussi comme si ce n'étaient pas les États-Unis qui possédaient le plus gigantesque complexe pénitentiaire au monde, caractérisé d'une part par la détention de masse et d'autre part par un isolement extrême.

Le rapport 2025 de la Prison Policy Initiative confirme une fois de plus que les États-Unis comptent le plus grand nombre de détenus et le taux d’incarcération le plus élevé au monde : « Parmi les deux millions de détenus, 1 566 prisons d'État, 98 prisons fédérales, 3 116 prisons locales, 1 277 centres de détention pour mineurs, 133 centres de détention pour immigrants et 80 prisons situées sur des territoires amérindiens en accueillent. Et aussi dans des prisons militaires, des centres d’accueil civils, des hôpitaux psychiatriques d’État et des prisons situées dans les territoires américains (tels que Porto Rico, les Îles Vierges…).(7)  

Et ces chiffres ne sont pas complets non plus. La chasse aux migrants lancée par Trump dès son entrée en fonction pour son deuxième mandat a encore fait grimper le nombre de personnes en détention. Selon le Deportation Data Project, l’ICE (U.S. Immigration and Customs Enforcement, une police fédérale relevant du département de la Sécurité intérieure, forte d’environ 27 500 agents) a arrêté 746 immigrants par jour. Le nombre de centres de détention pour migrants, mentionné dans la Prison Policy Initiative, a explosé, passant de 133 en janvier 2025 à 212 à la fin de l'année, soit presque le double. Comme il manque toujours de place, l'ICE prévoit d'acheter 24 anciens grands magasins afin de les les transformer en centres de détention pour migrants. Neuf d'entre eux sont déjà en service (8). Ils doivent détenir les migrants jusqu'à ce qu'ils puissent être expulsés. L'objectif, selon Todd Lyons, directeur de l'ICE, est de mettre en place un système similaire à celui d'Amazon : « Tout comme Amazon expédie efficacement des colis, nous voulons pouvoir transporter des personnes à travers le pays ».(9) Trump souhaite également rouvrir d’anciennes prisons ou réaménager des bâtiments d’anciens aéroports en centres de détention pour les migrants en attente d’expulsion, comme Alligator Alcatraz, qui ouvrira en juillet 2025 et pourra accueillir jusqu’à 5 000 personnes.

Jeudi 26 mars, Nicolas Maduro et Cilia Flores comparaîtront à nouveau devant le tribunal. Participez à la marche organisée à Bruxelles dans le cadre de la campagne internationale en faveur de leur libération. Sauvez la vie de Nicolas Maduro et Cilia Flores et sortez-les de l’enfer du goulag américain. 

 

 



[8]https://www.americanimmigrationcouncil.org/blog/ice-buys-warehouses-immigration-detention/

[9]https://www.pbs.org/newshour/show/ice-spending-billions-to-turn-warehouses-into-migrant-detention-facilities

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